FOr eloÏSE BONEHILL
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Eloïse Bonehill aborde la céramique dans tous ses paradoxes et complexités, liant son travail de cette terre insaisissable aux philosophies fondatrices de sa pensée. Dans les moments incompressibles qu’offrent l’argile et sa pratique, s’immisce le mouvement calme de la matière que Bonehill saisit alors, dans une démarche hors des sentiers désormais trop battus de la céramique: les émaux sont abandonnés pour leurs conséquences écologiques, la cuisson se fait à basse température et c’est dans la sobriété du geste que se crée la forme. Cette conscience prend pilier dans les influences et références philosophiques de l’artiste qui nomme chacune des pièces au nom d’un philosophe. Dans une archéologie du présent, elle impose un recul face à ces nouvelles amphores, au passé pérenne, au témoignage de la civilisation qu’elles incarnent. En écho au fronton de Delphes où trône l’important « connais-toi toi-même », elle pousse l’argile dans la limite de ses possibilités, pour s’emmener - pour nous emmener? - aux confins du soi, cernant sans enclave le nouveau paysage de notre propre connaissance. La peau des oeuvres est fine, pourtant sans fragilité, fière de ses pilastres invisibles; elle est douce, comme un apaisement et s’étend dans de grands formats à la légèreté robuste.
Les amphores portaient autrefois les déchets des ancêtres - qu’y mettre désormais? L’artiste nous invite enfin à sortir du contemplatif, à s’approprier cette oeuvre libre, comme une invitation à la laisser devenir ce que sa propre connaissance lui propose.